Préparer un voyage à l’intuition

1. Pourquoi partir à l’intuition ?

Tout d’abord, pourquoi partir ? La question est récurrente, chaque voyageur s’y trouve confronté à un moment ou à un autre. Au final, très souvent, le voyageur addict est incapable d’y répondre. On part, point. Et la réponse à cette question est en réalité sans importance.

Celle concernant l’intuition, en revanche, est un peu moins piège. Pourquoi partir à l’intuition ?
– Parce que c’est le meilleur moyen d’être surpris/e,
– Pour éviter le choix sacrificiel d’une destination,
– Pour se connecter à son « moi » profond et par là, à la nature.
– Entre autres.

2. Pour commencer, comment écouter son intuition ?

P1050200

C’est peut-être le plus difficile, parce qu’écouter son intuition implique de lâcher le contrôle de l’esprit pour faire confiance au corps, aux pensées spontanées et aux signes extérieurs.

L’intuition se manifeste tout d’abord par des sensations corporelles : des tensions peuvent indiquer le besoin de bouger, voire le besoin de partir si elles sont récurrentes. Le ventre se noue lorsqu’on se trouve dans un endroit ou face à une personne néfaste pour soi (qui peut par ailleurs être quelqu’un de « très bien » du point de vue de l’esprit, du jugement), et une sensation de plénitude envahit tout le corps lorsqu’on se trouve au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne. Petit à petit, avec la pratique, les sensations deviennent plus subtiles : en voyage, c’est mon ventre qui me guide, comme si un fil invisible le tirait dans une direction, ou qu’une force impalpable me poussait dans le dos, me bloquait le passage lorsque je vais dans la mauvaise direction. C’est perturbant : parfois les panneaux indiquent ma direction d’un côté mais mes sensations me poussent à partir dans l’autre sens. Croyez-le ou non, à chaque fois que je les ai écoutées, j’ai trouvé un raccourci, un endroit sublime, ou rencontré une personne clé dans mon parcours.

Les pensées récurrentes sont aussi des manifestations de l’intuition : un lieu vous revient toujours en tête, vous pensez à une personne sans savoir pourquoi. Allez-y, ou appelez-la, quitte à simplement dire que vous pensiez à elle. Elle a besoin de vous, ou quelque-chose à vous apporter, une information, un soutien, une idée qui vous manquent. C’est sûr.

Les signes extérieurs, enfin. Accueillez votre âme d’enfant et jouez : vous ne savez pas par où partir ? Pariez que la prochaine personne qui passe, le prochain oiseau qui vous survole, le sens dans lequel tombe la bâton que vous lancez en l’air vous indiquera la direction à prendre. C’est toujours la bonne.

D’où vient l’intuition ? Je suis tentée de penser, à force de pratique, qu’elle se nourrit de nos désirs profonds, d’éléments mémorisés sans que nous en ayons conscience, et bien sûr de nos perceptions fines. D’où la confiance à lui accorder : elle est notre moi profond, elle ne nous trahira pas.

3. Quel mode de déplacement choisir ?

Image internet
Image internet

Je conseille d’éviter tout mode de déplacement à horaire fixe, qui coupe de l’environnement, ou qu’il faut entretenir et surveiller.

Mes modes de déplacement préférés sont le stop et la marche à pied, parce qu’ils sont ceux qui me laissent au contact du vent et du sol, et qui m’offrent le plus de liberté de mouvement et de pensée : pour voyager à l’intuition, il est nécessaire de rester connecté à soi-même et à la nature, et d’être prêt à répondre à chaque instant à l’intuition qui germe. En conduisant, la concentration est dirigée vers l’extérieur de soi, le corps est tendu et assis sur un siège dans un espace restreint, sans possibilité de se mouvoir comme il en a besoin. Une fois lancé vers une destination dans un train ou un avion, impossible de changer d’avis et de s’arrêter en cours de route. Alors qu’en stop ou à pied, ces contraintes disparaissent.

Cependant, beaucoup d’adeptes du voyage au feeling utilisent le vélo ou la voiture, avec lesquels l’heure de départ et l’itinéraire restent libres, et qui offrent la possibilité d’emporter plus de matériel et de transporter facilement son propre hébergement. Rien n’empêche également de sauter dans le premier train ou le premier avion qui passe. La seule règle est de laisser libres le plus de paramètres possible, et de décider le moins possible.

4. Où aller ?

Par définition, un voyage à l’intuition ne s’encombre pas d’une destination. A tout le moins peut-on choisir une orientation, si possible elle-même fondée sur une intuition, pour savoir vers où partir. Mais elle sera provisoire, point de repère tant qu’il en est besoin, qui n’empêche en aucun cas de changer d’avis.

5. Quel hébergement choisir ?

P1050192

Celui qui vous plaira, à condition qu’il n’exige pas de réservation. Le plus simple est le bivouac : je pars maintenant avec juste un duvet et un sursac, qui me permettent de dormir n’importe où. Libre à vous d’ajouter un matelas auto-gonflant, une tente, voire de prévoir le budget suffisant pour dormir en auberge de jeunesse ou à l’hôtel : vous trouverez toujours un hébergement si vous le souhaitez, il ne sera juste pas toujours au prix qui vous convient. Le plus important est que vous vous sentiez en sécurité, selon les critères qui vous sont propres, pour profiter pleinement de votre voyage.

6. Combien de temps partir ?

D’une heure à des années, le voyage à l’intuition est possible partout et tout le temps. Si vous avez en tête d’arriver quelque-part, sachez simplement que l’intuition ne s’encombre pas de délai. Vous y arriverez, c’est sûr. Quant à savoir quand, c’est une autre histoire. Ne prévoyez pas : l’intuition serait parasitée par le stress de l’échéance.
Si vous tenez vraiment à arriver quelque-part et que votre délai est relativement court, ne partez pas à l’intuition, ou acceptez que vous y arriverez peut-être une autre fois. Si vous vous fiez vraiment à votre intuition, vous y arriverez au bon moment, même si c’est dans dix ans.

7. Le matériel

« Un sac lourd est un sac bourré d’angoisse », et l’angoisse parasite l’intuition. L’idéal serait de partir les mains dans les poches, une herbe au coin des lèvres, à l’image du wanderer cher à Sylvain Tesson, qui habite aussi mes rêves aujourd’hui.

P1030715

Pour restreindre votre équipement à l’essentiel, pensez à toutes les situations que vous pouvez rencontrer, notez-les si besoin, puis faites un tri : celles qui vont se produire de manière certaine (besoin de manger, de dormir, de faire vos besoins, de boire…), celles qui risquent fortement de se produire, et celles qui peuvent éventuellement arriver. Dans un premier temps, ne gardez que les premières et allez au plus simple, au plus léger, au plus essentiel et au plus fonctionnel. Réfléchissez notamment selon l’angle du couteau-suisse : privilégiez les objets aux fonctionnalités multiples.

Puis regardez la seconde catégorie de situations, et ne tenez compte que de celles qui vous inquiètent vraiment.

Les dernières, les éventualités, oubliez-les, et gardez à l’esprit que le monde est peuplé de gens aimables et ouverts, et que vous trouverez toujours un magasin vendant l’ustensile qui vous manque ou quelqu’un prêt à vous aider en cas de besoin.

A titre d’exemple, voici ma liste minimum actuelle, qui varie cependant d’un départ à l’autre selon la saison, l’orientation, l’humeur du moment : Liste de matériel

8. Le budget

bourse

Comme le reste, le budget dépend de vos besoins, lesquels sont édictés par votre sentiment de sécurité. Mais a priori, partir à l’intuition implique d’accepter l’improvisation et l’adaptation, et ne nécessite du coup qu’un budget très limité.

Les incontournables d’un voyage ordinaire, et qui représentent le plus gros du budget, sont les postes alimentation, transport et hébergement. Or mon dernier voyage, en été mais en Italie, donc dans un pays relativement cher, m’a coûté moins de 9€ par jour, imprévus compris : j’ai dormi dehors, me suis déplacée en stop et à pied, et j’ai mangé du pain, du fromage, du chocolat et des amandes, lorsque je n’étais pas invitée par des hôtes de passage. J’ai dépensé moins d’argent que si j’étais restée chez moi ! Aujourd’hui, qui plus est avec internet, rien de plus facile que de voyager presque gratuitement, même pour ceux qui préfèrent prévoir un minimum : entre couchsurfing, auto-stop et récup à la sortie des marchés ou des supermarchés, l’argent peut vraiment n’être plus qu’une sécurité en cas d’urgence. Il faut juste que le système D vous amuse ! Benjamin, de l’aventure « Sans un sous en poche« , donne un tas de conseils ici.

9. Que risquez-vous de découvrir ?

J’emploie le verbe « risquer » volontairement, parce que je sais que ce type de départ effraie. Combien de fois m’a-t-on demandé, les yeux écarquillés, alors que j’expliquais mon mode de voyage : « Et tu n’as pas peur ? » La liberté et la nouveauté inquiètent.

Qu’allez-vous découvrir ? Des gens, des paysages, des odeurs, des ambiances, des modes de vie, des œuvres d’art, des plantes, des histoires… Et surtout, vous-même.

Ça fait peuuur…

P1000901

10. Liens vers d’autres conseils et expériences

Le blog de Globestoppeuse, auto-stoppeuse professionnelle !

Un livre numérique dédié aux femmes qui veulent voyager seules : L’art de voyager seule quand on est une femme.

Le magnifique blog d’une voyageuse illustratrice : La fille voyage.

Le blog de Caroline, Pieds Libres, partie depuis 2011 pour un tour du monde à pied.

Le blog de Nicolas et de son tour du monde hors des sentiers battus.

Prêts ? Prêtes ? A vos marques…